Nouria Yahi-Boggio : « Œuvrer pour l’égalité, c’est œuvrer pour l’avenir de l’humanité »

« Œuvrer pour l’égalité, c’est œuvrer pour l’avenir de l’humanité »

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Nouria Yahi-Boggio sert la cause féminine depuis longtemps, notamment en tant que directrice régionale aux droits des femmes de la Région Grand Est. Ce soutien sans failles d’EST’elles Executive a vu son action reconnue au plus haut niveau : le 27 octobre dernier, Nouria a été faite Chevalier dans l’Ordre National du Mérite. Entretien avec une femme passionnée.

Quel a été votre parcours jusqu’à aujourd’hui ?

À l’issue d’une formation scientifique et économique, j’ai démarré ma carrière en tant que professeur de mathématiques. J’ai ensuite formé des sportifs de haut niveau, surtout des nageurs, en vue de leur reconversion, avant de me charger de la politique d’intégration et d’immigration en Languedoc-Roussillon. Puis j’ai dirigé la politique d’insertion liée au RMI au sein d’un Conseil régional. Je suis devenue par la suite directrice des affaires sociales de la la auprès du député-maire de Drancy (Seine-Saint-Denis). Enfin j’ai été nommée déléguée régionale aux droits des femmes en Lorraine, puis directrice régionale aux droits des femmes pour le Grand Est en août 2016 pour trois ans.

Justement, que signifient pour vous les droits des femmes ?

Si on en parle, c’est qu’il y a malheureusement un problème ! Aujourd’hui, naître fille ne devrait pas se traduire par des opportunités moindres, ou par l’impossibilité de choisir son chemin selon ses capacités et son mérite. Il ne faudrait plus se poser la question de ces droits et il est terrible qu’on ait encore besoin de personnes comme moi... Les droits des femmes sont toujours la variable d’ajustement. L’enjeu est donc une prise de conscience de la société en général, car tout le monde est concerné. Les hommes ont aussi beaucoup à perdre quand les droits des femmes sont bafoués, même s’ils ne s’en rendent pas forcément compte immédiatement.

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Quelles actions avez-vous menées jusqu’ici dans ce sens ? Et qu’avez-vous prévu pour vos deux années de mandat restantes ?

Depuis un an, j’ai mené avec mon équipe plusieurs actions de lutte, qui se poursuivent : l’une contre l’atteinte à la dignité de la personne, une autre contre la prostitution, en lien avec nos partenaires frontaliers d’Allemagne, de Belgique et du Luxembourg, enfin une troisième contre les inégalités dans le monde de la culture et des arts vivants. Un autre grand chantier concerne le Tour de France de l’Égalité, lancé le 4 octobre par le Premier Ministre. En effet, malgré un arsenal législatif très fort, les inégalités persistent. Par exemple, dans les filières scientifiques, et notamment dans l’informatique et le numérique, les étudiantes désertent les rangs depuis cinq ans. On y compte moins de 20 % de filles ! Des stéréotypes anciens font de la résistance et de nouveaux se profilent à l’horizon. L’autonomie de la femme est considérée comme un danger... Ce Tour de France sera composé d’ateliers dans tous les départements de la Région sous des formes inhabituelles, afin de recueillir la parole des invisibles sur diverses thématiques. Le but ? Construire une vraie politique d’égalité établie sur la base des besoins à couvrir. Outre ce projet, je souhaite organiser un événement autour du numérique. Ces métiers très porteurs restent, comme je le soulignais, très peu féminisés. Je compte également me pencher sur le problème de l’image de la femme, en collaboration avec les médias, qui ont leur part de responsabilité dans ce qui est véhiculé. Enfin, je souhaite me consacrer au problème des femmes vivant dans la précarité et dont les retraites sont de ce fait menacées.

Vous avez reçu les insignes de Chevalier National du Mérite. Que signifie pour vous cette distinction ?

C’est un honneur incroyable ! Je suis contente et fière de pouvoir servir l’État, dans le bon sens du terme, pour apporter de nouvelles avancées et garantir l’égalité de tous les citoyens. C’est une consécration de mon engagement et cela m’encourage à continuer mon action, à ne pas baisser les bras. Il faut poursuivre la lutte avec beaucoup de vigilance, car les droits des femmes ne sont jamais neutres.

nouria2Que pensez-vous des réseaux féminins et plus particulièrement d’EST’elles Executive ?

Les réseaux féminins ont toute leur place. Leur forte émergence depuis quelques années répond à un besoin. Les femmes n’étaient jusque-là pas constituées en réseaux et restaient donc invisibles en termes de responsabilités. J’encourage et soutiens d’autant plus EST’elles Executive que cette association est née en région et a su se construire de façon originale. La diversité de ses membres constitue un sacré atout. Il s’agit d’un véritable réseau, avec une dynamique de connexion, une stratégie pensée et des outils conviviaux. Son évolution parle d’elle-même !

Comment voyez-vous l’avenir de l’égalité hommes-femmes ?

Il faut une nouvelle forme de prise de conscience. Trop de mesures montrent qu’il y a une panne d’accès à l’égalité ou à la mixité. Il faut réactiver cela, via par exemple le Tour de France de l’Égalité. L’avenir dépendra de notre ambition. Bien sûr, l’égalité reste un vœu pieux, mais la mixité existera quand on cessera de faire des femmes une variable d’ajustement. Il faut une démultiplication des réseaux comme EST’elles Executive et une implication forte des acteurs de la société civile. Là est le combat. Car œuvrer pour l’égalité, c’est œuvrer pour l’avenir de l’humanité.

© Géraldine COUGET
EST'elles Executive

EST'elles partenaire du 2ème Congrès International de la Méthode Coué

Un congrès ouvert à tous

avec une soirée d'ouverture exceptionnelle !  

 

« Toute pensée que nous avons en tête devient réalité dans la limite du raisonnable ». Ce premier postulat de la Méthode Coué est illustré de manière forte par l'invité Philippe Croizon. Il l’a rêvé et il l’a fait ! Il a traversé la Manche à la nage et réalisé le Paris-Dakar. Il repousse les limites du raisonnable et devient un exemple de positivité et d’optimisme pour chacun de nous.

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Une soirée d'ouverture qui va vous mettre "la patate" et vous donner envie de réaliser vos popres rêves.

EST'Elles Executive est partenaire de ce 2ème Congrès International de la Méthode Coué et deux de ses membres, Krista Finstad-Milion et Angie Celaya,  interviendront à cette occasion, plus particulièrement : 

  • Vendredi 10 novembre à 17h30 : Les femmes sont-elles plus positives que les hommes ou ont-elles davatage besoin de positif ? Les réseaux féminins jouaient un rôle clé dans la propagation de la Méthode Coué. Intervenante : Krista Finstad-Milion Présidente de l'association EST’elles Executive, premier réseau professionnel féminin dans l'Est et professeure à ICN Business School.

  • Samedi 11 novembre à 11h25 : Témoignages et échanges avec des compétiteurs et sportifs valides et handicapés de haut niveau et un préparateur mental. En quoi les techniques dérivées de la Méthode Coué sont-elles nécessaires pour se préparer à des compétitions et rester au plus hait niveau de performance.
    Intervenants :
    Philippe Ganis préparateur mental dans le domaine du sport pour handicapés, il travaille au Centre de Médecine Physique et de Réadaptation de Lay-Saint-Christophe.
    Angie Celaya Argentine, elle vit en France depuis 2001. Elle dirige une entreprise de communication et marketing pour PME (Com'Alternativa, lancée en 2008) et anime le réseau professionnel féminin EST'elles Executive. Elle participe régulièrement à des ultratrails et courses longues en montagne et fait de la préparation mentale pour des sportifs amateurs.
    Olivier Munch atteint d’une arthrogrypose (handicap moteur), de naissance et plusieurs fois champion de France de Boccia.
    Paul Fontaine, il est selon ses propres termes, un muco, entendez une personne atteinte de la mucovisidose. Il considère  que la meilleure défense, c'est l'attaque, quitte à cracher ses poumons. Il s'est lancé plusieurs défis le dernier en date l'ascension du Mont Blanc ! 

Découvrez l'ensemble du programme et inscrivez-vous sur le site du Congrès : informations et inscriptions ICI  

 

 

 

Dans les coulisses du « Manager de demain est une femme ! Êtes-vous prêt(e)s ? »

manager 2015 4Dans les coulisses du « Manager de demain est une femme. Êtes-vous prêt(e)s ? »

Tout savoir sur ces femmes qui ont préparé l’événement du 13 juin prochain à Metz !

Relations publiques, sponsoring, coordination des antennes, communication, logistique, modération, etc. : avec toute la générosité qui les caractérise, ces membres d’EST’elles Executive donnent de leur temps et leur énergie au service de l’organisation puis de la tenue de cette manifestation annuelle. Témoignages.

Une campagne de communication tous azimuts

AngieAngie Celaya, en charge de la communication
La communication du « Manager de demain est une femme ! Êtes-vous prêt(e)s ? » démarre généralement tardivement, car nous devons jongler avec plusieurs paramètres : d’abord, choisir un thème qui soit porteur pour l’association ainsi que pour ses partenaires. Puis réfléchir au choix d’une invitée d’honneur. Dès que celle-ci a confirmé sa présence, nous pouvons démarrer la réflexion sur la communication. Cette année, la campagne a finalement démarré le 27 avril, avec une équipe à 100 % féminine, pour la première fois consolidée : Géraldine Couget et Anne-Gaëlle Elie, chargées de la rédaction d’articles, Christine Mavon, chargée des relations presse, Isabelle Spannagel, chargée des médias sociaux, Sabrina Cochepin, infographiste, Nelly Valais, photographe, enfin Isabelle Mahieu, chargée des adhésions. Ce jour-là, nous avons envoyé à tous nos membres ainsi qu’aux prospects une invitation sous forme de vidéo MP4. Nous avons prévu de relancer régulièrement tous ceux qui n’y auront pas répondu. Et jusqu’au jour J, nous allons faire beaucoup de buzz sur les réseaux sociaux, à raison de plusieurs interventions hebdomadaires, en posant des questions, en donnant des informations, etc. Enfin pour donner toute sa place à la manifestation, aucun autre des événements habituellement organisés par les antennes ne se tiendra au mois de juin.

Réunir les membres de toutes les antennes autour d'un même thème

RenéRenée Chartier, en charge de la coordination des antennes d'EST'elles Executive
Après trente ans de carrière dans des grands groupes, Renée Chartier, ingénieure de formation, a choisi de devenir coach professionnelle et formatrice certifiée. Tout comme dans son activité professionnelle, où son objectif est d'aider ceux qui la sollicitent à mieux se connaître pour mieux communiquer, elle cherche, dans le réseau EST'elles Executive, à partager son expérience pour soutenir l’épanouissement des femmes dans le monde professionnel. Son rôle dans l'organisation de la manifestation ? Assurer la coordination des cinq antennes du réseau, et surtout en mobiliser les membres : « Diffuser les informations, les supports, l'échéancier, après chaque réunion du comité de pilotage. Nous échangeons beaucoup par Skype! » Et cela en vaut la peine : « La réunion plénière du “Manager de demain est une femme! Êtes-vous prêt(e)s ?” est l’événement phare de l’association, avec chaque année la présence d'une guest star. C’est l’opportunité de rassembler l’ensemble des adhérentes de toutes les antennes en un lieu unique. » Forte d'un parcours professionnel riche et diversifié, Renée est évidemment très inspirée par le thème de cette septième édition : « Dans un parcours de vie, se réorienter est maintenant monnaie courante, que ce soit au sein d’un grand groupe, en alternant les métiers, ou en passant du salariat à l’entrepreneuriat. L’objectif d'une telle manifestation est justement de partager des expériences pour illustrer ces réorientations, évoquer les difficultés et les succès. »

Un moyen de valoriser l’association

CaroCaroline Chery-Burger, en charge de la logistique
« Le manager de demain est une femme ! Êtes-vous prêt(e)s ? » permet de braquer les projecteurs sur les nombreux talents de nos adhérentes, de mettre en valeur leur diversité et leur richesse. Ainsi, en fonction de la thématique, nous identifions en amont parmi elles des témoins, en plus de l’invitée d’honneur. Nous les repérons surtout grâce aux différents événements organisés régulièrement par l’association tout au long de l’année. D’autres membres sont également sollicités pour animer des ateliers à l’occasion de la manifestation. Jusqu’ici, ceux-ci avaient lieu le même jour, mais cette année, nous innovons : afin de leur donner plus de place et que les adhérentes puissent participer à un maximum d’entre eux, leur tenue a été désolidarisée de l’événement. Les dates et le programme seront annoncés le 13 juin. Le « Manager… » vise aussi désormais à valoriser nos différentes antennes ainsi que l’ampleur du territoire couvert. Pour la première fois cette année, c’est Metz au lieu de Nancy qui accueillera la manifestation. Enfin, celle-ci constitue un temps fort de la vie du réseau, une occasion unique de rassembler beaucoup de monde, de nouer des contacts et de réseauter. Un argument de plus pour montrer aux membres et à tous ceux qui voudraient nous rejoindre tous les bienfaits et les avantages de l’adhésion !

Une notoriété grandissante

KristaKrista Finstad-Milion, présidente d’EST’elles Executive
Lancé il y a neuf ans, « Le manager de demain est une femme ! Êtes-vous prêt(e)s ? » en est à sa septième édition ! C’est désormais une date attendue par les membres du réseau et tous celles et tous ceux qui regrettent chaque année d’avoir raté le coche… L’occasion de faire le point avant la pause estivale. Car la rentrée, c’est pour tout le monde ! Cette bouffée d’oxygène — en témoignent le choix des couleurs, le « casting » de la journée, le ton, la créativité, les intitulés, etc. — est le fruit d’une grande préparation en amont, certes lourde et chronophage, mais avant tout enrichissante. La mobilisation des adhérentes pour faire de la manifestation une réussite, ainsi que l’implication de nos partenaires, pourvoyeurs de légitimité, participent de cette notoriété grandissante. Celle-ci s’est aussi développée grâce aux liens que le réseau a noués au fil des ans avec les institutions locales, sur l’ensemble du territoire du Grand Est. Quelle joie de constater chaque année le résultat de tous ces efforts ! À chaque fois, on se demande à la fin de la journée comment faire encore mieux l’année suivante. Eh bien, on y arrive, et on s’en étonne toujours… Enfin, la notoriété de l’événement est aussi ancrée dans sa propre histoire. On n’oublie jamais hier. Ce qui nous pousse à aller de l’avant est la perspective de meilleurs lendemains pour les femmes, une place plus juste dans la société. Ce dont les hommes profiteront eux aussi, car nous véhiculons des valeurs saines.

À la recherche de la thématique et de la marraine

ChristineChristine Mavon, chef de projet, en charge des relations publiques
Chaque année, pour trouver la thématique, je me nourris de mon vécu, de mes lectures, de l’air du temps… Pour l’édition 2017, je me suis notamment inspirée de mon propre parcours, ayant pris récemment un autre cap professionnel. J’en ai parlé autour de moi : pourquoi changer ? Quelle est la part du privé et du professionnel ? Jusqu’où peut-on aller ? L’idée m’est ainsi venue de proposer le thème du changement de cap. Je l’ai soumis aux sponsors, qui participent et avalisent toujours la réflexion. Nos échanges ont permis d’aboutir à la thématique finalement retenue : « Se réinventer ». Ce qui va plus loin que le seul changement de cap, car cela implique la capacité à rebondir, de la créativité, de l’introspection. Il s’agit d’imaginer son avenir et le construire. Une fois ce thème validé aussi par le bureau de l’association, je suis partie en quête de la marraine, qui doit être une personne suffisamment connue sur la scène nationale, voire internationale. La participation de femmes de renom en attire d’autres ; et cela fait connaître et valoriser le réseau. Il faut cependant déployer beaucoup d’énergie pour leur donner envie ! Toutes celles qui ont accepté de participer ont tenu un discours décalé, abordé le féminin sous l’angle de l’accompagnement et souligné l’importance de la solidarité féminine. Quel que soit leur niveau ou leur statut, elles veulent être en prise directe avec les participantes pour leur parler. Ce témoignage de leur expérience est important, car nous les femmes avons finalement peu de modèles…

La maïeutique au service des témoignages

NathalieNathalie Milion, modératrice de la table ronde
Depuis la toute première édition du « Manager de demain est une femme ! Êtes-vous prêt(e)s ? », je conçois mon rôle comme celui d'une accoucheuse, avec pour ambition de donner aux intervenant(e)s l'espace et le temps d’exprimer le meilleur d'eux-mêmes. Une forme de maïeutique, en somme ; ce sont les histoires des unes et des autres qui sont intéressantes à partager, qui interpellent et permettent au questionnement de chacun de se poursuivre au-delà de la rencontre. C'est pourquoi il n'y a pas de questions prédéfinies, mais le cheminement s'écrit de lui-même, au cours des échanges. Cette manifestation n'en est pas une parmi d'autres, c'est pour moi une forme d'évidence de m'investir aux côtés de Krista Finstad-Milion, parce que je lui dois une partie de mon affirmation comme femme précisément, libre d’oser. Le thème de cette année trouve d’ailleurs en moi un écho : après une thèse en mécanique quantique, j'ai bifurqué vers un métier de saltimbanque. J'ai préféré la radio à une carrière dans la recherche. De façon plus générale, il me semble que le changement de cap s’articule toujours, pour les femmes, avec la recherche d’un équilibre. À la différence des hommes, qui hésitent moins à faire exploser le cadre pour le réinventer, les femmes se reconvertissent rarement pour elles seules. Peut-être cela a-t-il à voir avec le rapport particulier qu’entretiennent les femmes à une certaine temporalité ? La prochaine édition sera l'occasion d'explorer ces questionnements, et d'être surpris(es), sans nul doute !

Sortir du carcan de la pensée occidentale pour réussir le changement

Sybille Sybille Persson, directrice adjointe de la recherche à ICN Business School, intervenante
Je suis membre d’EST’elles Executive depuis sa création, à laquelle j’ai participé, puisque j’ai mis ma plume à son service pour la rédaction des textes fondamentaux. Puis j’ai été marraine du programme de mentorat mis en place entre des dirigeantes et des étudiantes d’ICN ; parmi les premières, certaines mentors étaient membres du réseau. C’est donc avec grand plaisir que j’ai accepté d’intervenir cette année lors de cette nouvelle édition. Je compte m’inspirer de mes travaux sur la pensée chinoise, l’un de mes terrains de recherche. À la faveur notamment de ma lecture des travaux de François Jullien, un sinologue, helléniste et philologue qui me passionne depuis dix ans, je me suis rendu compte que la pensée occidentale n’était pas habile pour penser le processus d’accompagnement. Or il nous faut sortir cette pensée du corset dans lequel elle se trouve coincée. La pensée chinoise peut aider à y parvenir. En effet, l’une de ses notions clés est le changement : franchir un cap est naturel et non pas le produit du développement personnel, comme on l’envisage aujourd’hui en Occident. La pensée chinoise adopte plus une logique de navigation à vue que de planification d’un projet de carrière et/ou de vie. Le changement n’est pas forcément possédé, il est moins planifié. Il s’agit de repérer et de se laisser porter par le courant, d’être éco-centré plutôt qu’ego-centré. Le changement peut être le fruit d’une rencontre féconde entre soi et son environnement plutôt qu’une volonté et une planification personnelles.

La force d'un partenariat au service de la promotion de l'ambition féminine

véROVéronique Witzmann, sponsor de la manifestation depuis 2013
Responsable de la communication à la Délégation Régionale Grand Est d'EDF, Véronique Witzmann croit à la force du réseau. Aider les femmes à trouver leur chemin professionnel, tout en contribuant à la performance de l'entreprise, voilà son ambition, au sein d'Énergie de Femmes, le réseau du groupe EDF dont elle a créé l'antenne Grand Est en 2013, précisément lors de la journée du « Manager de demain est une femme ! Êtes-vous prêt(e)s ? ». Le partenariat existe depuis cinq ans et le sentiment de deux réseaux toujours en miroir ne s'est pas démenti. D'ailleurs, la rencontre annuelle du réseau Énergie de Femmes Grand Est a toujours lieu au moment de la manifestation d'Est'elles Executive : « Depuis 2013, les thèmes choisis pour la manifestation du “Manager de demain” ont toujours eu une résonance chez Énergie de Femmes. S'il s'agit d'un réseau interne, les problématiques qu'on y soulève rencontrent celles d'un réseau professionnel féminin comme EST'elles. Au sein d'un groupe comme EDF, le réseau que j'ai créé se donne pour mission de mobiliser davantage les femmes sur les métiers techniques, mais aussi de promouvoir la diversification des parcours, en encourageant les femmes à saisir les opportunités qui s'offrent à elles, à oser et à accepter des postes à haute responsabilité, sans craindre pour autant de devoir mettre en péril leur vie de famille. L'exemple de Catherine Back, directrice de la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine, maman de trois enfants et marraine de notre réseau, est à cet égard très stimulant. »

© Anne-Gaëlle ELIE
Equipe de rédaction d'EST'elles

Table ronde de la septième édition du « Manager du demain est une femme ! Êtes-vous prêt(e)s ? », le 13 juin 2017 à Metz

changer de capSe réinventer, changer de cap : c'est possible, elles en témoignent !

Se réinventer, changer de cap : 60 % des actifs ont déjà bifurqué au moins une fois au cours de leur carrière pour emprunter une nouvelle voie, et un Français sur trois songerait à donner un tournant à sa vie professionnelle dans les prochaines années, selon une enquête menée en 2014 par l’Afpa et Opinion Way. Autre chiffre éloquent : 65 % des DRH percevraient l’expérience de la reconversion comme un atout pour l’entreprise.

Prendre des chemins de traverse : un choix ou une nécessité ?

Le temps serait ainsi révolu où un CV atypique éveillait davantage la réprobation que la curiosité des recruteurs. Exercer jusqu’à la retraite la même profession, au sein de la même entreprise, dans la même ville, n’est en effet plus la norme aujourd’hui, et pas seulement parce que la crise de 2007 est passée par là. Si changer de cap est parfois une nécessité pour s’adapter aux mutations économiques, une évolution contrainte suite à un accident de parcours, il semble que, pour beaucoup d’actifs, se réinventer relève d’un choix personnel, de la réponse donnée à un besoin profond : trouver dans son activité davantage de sens, de reconnaissance, d’épanouissement, de renouveau, ou d’adéquation avec ce que l’on sait de soi et de ses envies.

Ne pas se perdre en chemin

Pourtant, faire le premier pas sur un nouveau chemin fait peur. Quatre-vingt-quatorze pourcent des personnes interrogées en 2014 jugent le parcours semé d’embûches : reprendre des études, renoncer à un certain confort matériel et social, prendre des risques, même calculés, ce peut être comme pénétrer dans une zone mouvante, aux contours flous, commencer un voyage dont on ne connaît pas la durée ni les fatigues. Le terme consacré de « reconversion professionnelle » n’est-il pas, à cet égard, éclairant ? Est-ce à dire qu’on aborde un changement de cap comme on entre en religion ? Se réinventer suppose-t-il une véritable ascèse ? Ce qui semble certain, c’est que la foi en soi est nécessaire, et qu’aucun virage ne peut se négocier avec succès sans une bonne dose de confiance en son sens de l’orientation.

Patricia WirthFaire une pause pour étudier la carte

La table ronde de la septième journée du « Manager de demain est une femme » sera l’occasion de vérifier (si besoin était !) que les femmes jouissent de solides aptitudes en la matière, et qu’elles savent tenir la barre une fois la route choisie. Il sera question de la façon dont nos huit intervenantes ont envisagé l’évolution de leur carrière, comment elles ont dépassé la peur de se lancer, quels caps elles se sont fixés et comment elles se donnent les moyens de les atteindre.

D’abord, à l’origine du changement, il y a toujours une prise de conscience, et une nécessaire lucidité sur soi. Patricia Wirth, mandataire judiciaire à la protection des majeurs devenue professeur de yoga à Metz, s’est posé la question en ces termes : « Suis-je à ma place dans la vie que je mène ? » La réponse a constitué le premier pas d’un long cheminement. Pour Laingo Laza, en cours de création d’une structure à Nancy, le questionnement permanent fait partie intégrante d’une carrière aux évolutions toujours choisies : après un bac + 4 en biologie, elle a été responsable de la communication dans quelques grands groupes, puis a suivi une formation de styliste modéliste à Paris.

Liz AscherlBesoin d'un GPS ? Écouter les récits de voyage

Il sera aussi question de l’importance des témoignages et du partage d’expérience. Il est en effet des rencontres décisives qui ouvrent la voie, font sauter des verrous, accélèrent la prise de conscience… Dans les cours qu'elle a donnés à l'ENA, Liz Ascherl, créatrice à Strasbourg d’une société de formation spécialisée en langue et en communication anglaises, Lingo Facto, a rencontré des personnes qui reprenaient des études après quinze ou vingt ans de carrière pour changer de vie : « Cette expérience a été décisive pour moi et a déclenché une vraie réflexion sur mon parcours, mes objectifs et mes ambitions. » De même pour Laingo Laza, qui se souvient d'une femme ayant renoncé au salaire et au standing d'une carrière dans la publicité à Paris, pour un nouveau départ dans une association, où elle se sentait plus heureuse. « Ce genre de discours encourage, et rassure sur la possibilité d'échapper à des situations avec lesquelles on ne se sent plus en accord. » Patricia Wirth évoque quant à elle de véritables électrochocs, quand certaines personnes lui ont confié leurs regrets de ne pas avoir pris des chemins de traverse, avec l'impression désagréable qu'elles avaient « d'être passées à côté de leur vie ».

Laingo Laza JeuneChoisir le nouvel itinéraire : une étape plus ou moins longue

Le temps, enfin, fait son œuvre, et toutes les reconverties soulignent son rôle clé dans un cheminement qui fait naître la détermination. Pour Patricia Wirth, la maturation du projet et de sa mise en œuvre est passée par les voyages, qui lui ont permis de prendre le recul et la hauteur nécessaires à un changement de point de vue sur sa vie et ses envies. Liz Ascherl avoue que « franchir ce pas a nécessité une vraie évolution dans ma tête : passer de salariée à entrepreneure après vingt ans d’activité n'est pas facile. On renonce à un certain confort, à des habitudes et à la sécurité de l'emploi. Il faut du courage et de la ténacité. » Cela en valait la peine, puisqu’au final, « je me suis réinventée en tant qu’entrepreneure », ajoute-t-elle. Pour Laingo Laza, l’important, même si cela prend du temps, est de « rester actrice de [sa] vie, et libre de [ses] choix ». Et vous, quelle sera la prochaine étape de votre trajet ?

© Anne-Gaëlle ÉLIE
Membre d'EST'elles Executive Nancy
Redactrice, équipe communication EST'elles