Table ronde de la septième édition du « Manager du demain est une femme ! Êtes-vous prêt(e)s ? », le 13 juin 2017 à Metz

changer de capSe réinventer, changer de cap : c'est possible, elles en témoignent !

Se réinventer, changer de cap : 60 % des actifs ont déjà bifurqué au moins une fois au cours de leur carrière pour emprunter une nouvelle voie, et un Français sur trois songerait à donner un tournant à sa vie professionnelle dans les prochaines années, selon une enquête menée en 2014 par l’Afpa et Opinion Way. Autre chiffre éloquent : 65 % des DRH percevraient l’expérience de la reconversion comme un atout pour l’entreprise.

Prendre des chemins de traverse : un choix ou une nécessité ?

Le temps serait ainsi révolu où un CV atypique éveillait davantage la réprobation que la curiosité des recruteurs. Exercer jusqu’à la retraite la même profession, au sein de la même entreprise, dans la même ville, n’est en effet plus la norme aujourd’hui, et pas seulement parce que la crise de 2007 est passée par là. Si changer de cap est parfois une nécessité pour s’adapter aux mutations économiques, une évolution contrainte suite à un accident de parcours, il semble que, pour beaucoup d’actifs, se réinventer relève d’un choix personnel, de la réponse donnée à un besoin profond : trouver dans son activité davantage de sens, de reconnaissance, d’épanouissement, de renouveau, ou d’adéquation avec ce que l’on sait de soi et de ses envies.

Ne pas se perdre en chemin

Pourtant, faire le premier pas sur un nouveau chemin fait peur. Quatre-vingt-quatorze pourcent des personnes interrogées en 2014 jugent le parcours semé d’embûches : reprendre des études, renoncer à un certain confort matériel et social, prendre des risques, même calculés, ce peut être comme pénétrer dans une zone mouvante, aux contours flous, commencer un voyage dont on ne connaît pas la durée ni les fatigues. Le terme consacré de « reconversion professionnelle » n’est-il pas, à cet égard, éclairant ? Est-ce à dire qu’on aborde un changement de cap comme on entre en religion ? Se réinventer suppose-t-il une véritable ascèse ? Ce qui semble certain, c’est que la foi en soi est nécessaire, et qu’aucun virage ne peut se négocier avec succès sans une bonne dose de confiance en son sens de l’orientation.

Patricia WirthFaire une pause pour étudier la carte

La table ronde de la septième journée du « Manager de demain est une femme » sera l’occasion de vérifier (si besoin était !) que les femmes jouissent de solides aptitudes en la matière, et qu’elles savent tenir la barre une fois la route choisie. Il sera question de la façon dont nos huit intervenantes ont envisagé l’évolution de leur carrière, comment elles ont dépassé la peur de se lancer, quels caps elles se sont fixés et comment elles se donnent les moyens de les atteindre.

D’abord, à l’origine du changement, il y a toujours une prise de conscience, et une nécessaire lucidité sur soi. Patricia Wirth, mandataire judiciaire à la protection des majeurs devenue professeur de yoga à Metz, s’est posé la question en ces termes : « Suis-je à ma place dans la vie que je mène ? » La réponse a constitué le premier pas d’un long cheminement. Pour Laingo Laza, en cours de création d’une structure à Nancy, le questionnement permanent fait partie intégrante d’une carrière aux évolutions toujours choisies : après un bac + 4 en biologie, elle a été responsable de la communication dans quelques grands groupes, puis a suivi une formation de styliste modéliste à Paris.

Liz AscherlBesoin d'un GPS ? Écouter les récits de voyage

Il sera aussi question de l’importance des témoignages et du partage d’expérience. Il est en effet des rencontres décisives qui ouvrent la voie, font sauter des verrous, accélèrent la prise de conscience… Dans les cours qu'elle a donnés à l'ENA, Liz Ascherl, créatrice à Strasbourg d’une société de formation spécialisée en langue et en communication anglaises, Lingo Facto, a rencontré des personnes qui reprenaient des études après quinze ou vingt ans de carrière pour changer de vie : « Cette expérience a été décisive pour moi et a déclenché une vraie réflexion sur mon parcours, mes objectifs et mes ambitions. » De même pour Laingo Laza, qui se souvient d'une femme ayant renoncé au salaire et au standing d'une carrière dans la publicité à Paris, pour un nouveau départ dans une association, où elle se sentait plus heureuse. « Ce genre de discours encourage, et rassure sur la possibilité d'échapper à des situations avec lesquelles on ne se sent plus en accord. » Patricia Wirth évoque quant à elle de véritables électrochocs, quand certaines personnes lui ont confié leurs regrets de ne pas avoir pris des chemins de traverse, avec l'impression désagréable qu'elles avaient « d'être passées à côté de leur vie ».

Laingo Laza JeuneChoisir le nouvel itinéraire : une étape plus ou moins longue

Le temps, enfin, fait son œuvre, et toutes les reconverties soulignent son rôle clé dans un cheminement qui fait naître la détermination. Pour Patricia Wirth, la maturation du projet et de sa mise en œuvre est passée par les voyages, qui lui ont permis de prendre le recul et la hauteur nécessaires à un changement de point de vue sur sa vie et ses envies. Liz Ascherl avoue que « franchir ce pas a nécessité une vraie évolution dans ma tête : passer de salariée à entrepreneure après vingt ans d’activité n'est pas facile. On renonce à un certain confort, à des habitudes et à la sécurité de l'emploi. Il faut du courage et de la ténacité. » Cela en valait la peine, puisqu’au final, « je me suis réinventée en tant qu’entrepreneure », ajoute-t-elle. Pour Laingo Laza, l’important, même si cela prend du temps, est de « rester actrice de [sa] vie, et libre de [ses] choix ». Et vous, quelle sera la prochaine étape de votre trajet ?

© Anne-Gaëlle ÉLIE
Membre d'EST'elles Executive Nancy
Redactrice, équipe communication EST'elles