Nouria Yahi-Boggio : « Œuvrer pour l’égalité, c’est œuvrer pour l’avenir de l’humanité »

« Œuvrer pour l’égalité, c’est œuvrer pour l’avenir de l’humanité »

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Nouria Yahi-Boggio sert la cause féminine depuis longtemps, notamment en tant que directrice régionale aux droits des femmes de la Région Grand Est. Ce soutien sans failles d’EST’elles Executive a vu son action reconnue au plus haut niveau : le 27 octobre dernier, Nouria a été faite Chevalier dans l’Ordre National du Mérite. Entretien avec une femme passionnée.

Quel a été votre parcours jusqu’à aujourd’hui ?

À l’issue d’une formation scientifique et économique, j’ai démarré ma carrière en tant que professeur de mathématiques. J’ai ensuite formé des sportifs de haut niveau, surtout des nageurs, en vue de leur reconversion, avant de me charger de la politique d’intégration et d’immigration en Languedoc-Roussillon. Puis j’ai dirigé la politique d’insertion liée au RMI au sein d’un Conseil régional. Je suis devenue par la suite directrice des affaires sociales de la la auprès du député-maire de Drancy (Seine-Saint-Denis). Enfin j’ai été nommée déléguée régionale aux droits des femmes en Lorraine, puis directrice régionale aux droits des femmes pour le Grand Est en août 2016 pour trois ans.

Justement, que signifient pour vous les droits des femmes ?

Si on en parle, c’est qu’il y a malheureusement un problème ! Aujourd’hui, naître fille ne devrait pas se traduire par des opportunités moindres, ou par l’impossibilité de choisir son chemin selon ses capacités et son mérite. Il ne faudrait plus se poser la question de ces droits et il est terrible qu’on ait encore besoin de personnes comme moi... Les droits des femmes sont toujours la variable d’ajustement. L’enjeu est donc une prise de conscience de la société en général, car tout le monde est concerné. Les hommes ont aussi beaucoup à perdre quand les droits des femmes sont bafoués, même s’ils ne s’en rendent pas forcément compte immédiatement.

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Quelles actions avez-vous menées jusqu’ici dans ce sens ? Et qu’avez-vous prévu pour vos deux années de mandat restantes ?

Depuis un an, j’ai mené avec mon équipe plusieurs actions de lutte, qui se poursuivent : l’une contre l’atteinte à la dignité de la personne, une autre contre la prostitution, en lien avec nos partenaires frontaliers d’Allemagne, de Belgique et du Luxembourg, enfin une troisième contre les inégalités dans le monde de la culture et des arts vivants. Un autre grand chantier concerne le Tour de France de l’Égalité, lancé le 4 octobre par le Premier Ministre. En effet, malgré un arsenal législatif très fort, les inégalités persistent. Par exemple, dans les filières scientifiques, et notamment dans l’informatique et le numérique, les étudiantes désertent les rangs depuis cinq ans. On y compte moins de 20 % de filles ! Des stéréotypes anciens font de la résistance et de nouveaux se profilent à l’horizon. L’autonomie de la femme est considérée comme un danger... Ce Tour de France sera composé d’ateliers dans tous les départements de la Région sous des formes inhabituelles, afin de recueillir la parole des invisibles sur diverses thématiques. Le but ? Construire une vraie politique d’égalité établie sur la base des besoins à couvrir. Outre ce projet, je souhaite organiser un événement autour du numérique. Ces métiers très porteurs restent, comme je le soulignais, très peu féminisés. Je compte également me pencher sur le problème de l’image de la femme, en collaboration avec les médias, qui ont leur part de responsabilité dans ce qui est véhiculé. Enfin, je souhaite me consacrer au problème des femmes vivant dans la précarité et dont les retraites sont de ce fait menacées.

Vous avez reçu les insignes de Chevalier National du Mérite. Que signifie pour vous cette distinction ?

C’est un honneur incroyable ! Je suis contente et fière de pouvoir servir l’État, dans le bon sens du terme, pour apporter de nouvelles avancées et garantir l’égalité de tous les citoyens. C’est une consécration de mon engagement et cela m’encourage à continuer mon action, à ne pas baisser les bras. Il faut poursuivre la lutte avec beaucoup de vigilance, car les droits des femmes ne sont jamais neutres.

nouria2Que pensez-vous des réseaux féminins et plus particulièrement d’EST’elles Executive ?

Les réseaux féminins ont toute leur place. Leur forte émergence depuis quelques années répond à un besoin. Les femmes n’étaient jusque-là pas constituées en réseaux et restaient donc invisibles en termes de responsabilités. J’encourage et soutiens d’autant plus EST’elles Executive que cette association est née en région et a su se construire de façon originale. La diversité de ses membres constitue un sacré atout. Il s’agit d’un véritable réseau, avec une dynamique de connexion, une stratégie pensée et des outils conviviaux. Son évolution parle d’elle-même !

Comment voyez-vous l’avenir de l’égalité hommes-femmes ?

Il faut une nouvelle forme de prise de conscience. Trop de mesures montrent qu’il y a une panne d’accès à l’égalité ou à la mixité. Il faut réactiver cela, via par exemple le Tour de France de l’Égalité. L’avenir dépendra de notre ambition. Bien sûr, l’égalité reste un vœu pieux, mais la mixité existera quand on cessera de faire des femmes une variable d’ajustement. Il faut une démultiplication des réseaux comme EST’elles Executive et une implication forte des acteurs de la société civile. Là est le combat. Car œuvrer pour l’égalité, c’est œuvrer pour l’avenir de l’humanité.

© Géraldine COUGET
EST'elles Executive