Le manager de demain est une femme. Êtes-vous prêt(e)s ? 5é édition

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Les femmes dans l’action

Pour sa 5ème édition, la journée Est’Elles Exécutive a rassemblé le 11 juin 2015 au siège de Colas-Est à Nancy, environ 160 femmes et… quelques hommes sur le thème de « l’engagement citoyen au féminin ». Le sujet a été abordé sous un angle légèrement provocateur : Le manager de demain est une femme ! Etes-vous prêt (e)s ? 
manager 2015 1Présidente et co-fondatrice du plus grand réseau professionnel féminin de l’Est de la France, Krista Finstad-Milion a tout d’abord remercié les partenaires que sont Colas-Est, EDF, la Banque Populaire Alsace- Lorraine-Champagne (BPALC), le réseau Communication et Relations publiques de Lorraine (CRPL), l’ICN Business School, Metz et Nancy femmes. Puis, elle a présenté le programme de la journée en soulignant que « les femmes n’ont pas peur, aujourd’hui, d’être sur le terrain. Pour elles, l’engagement est synonyme de responsabilités civiques, sociales et politiques. Elles sont aussi dans l’action. »
Krista se dit convaincue que les femmes ont un rôle éminent à jouer dans un contexte de bouleversements socio-économiques qui contribuent à l’émiettement de la société. Elle sait de quoi elle parle puisque cette vosgienne à l’accent anglo-canadien, professeure associée à l’ICN Business School est aussi maire de Fontenay, une commune des Vosges.

manager 2015 2Le regard des hommes

Comment les hommes conçoivent-ils « l’engagement » ? Quatre partenaires d’EST'elles Executive se sont prêtés au jeu des questions-réponses de Nathalie Milion.

Directeur des Ressources Humaines adjoint à la Banque Populaire Alsace-Lorraine-Champagne, David Marchal constate qu’il existe différents types d’engagements professionnels. Pour être totalement engagé (e) dit-il, « il faut exercer le métier que l’on aime dans une entreprise dont on est fier, il faut avoir des possibilités d’évolution, et une bonne rémunération. » Est-ce que les femmes occupent suffisamment des postes d’encadrement ? « Non, mais beaucoup de chemin a été fait. Il faut développer la politique de mixité dans les entreprises. »
L’engagement, pour Jérôme Lagabe, directeur commercial chez Colas-Est, « c’est faire le choix, avec détermination, d’un projet et manager 2015 3d’une direction. C’est aussi défendre certaines valeurs et renoncer à d’autres. » Il constate que « les femmes ont des valeurs plus collectives et moins individualistes que les hommes. »
Philippe Albani confirme. Le directeur des relations Entreprises à l’ICN Business School affirme: que « 75% des associations à but humanitaire et social sont présidées par des femmes. » Il ajoute : « L’engagement fait partie des valeurs que l’on inculque à nos étudiants dont 56,6% sont des jeunes filles. »
Pierre Bresson, directeur communication à GRT Gaz et trésorier de CRPL (Communication et relations publiques en Lorraine) se dit convaincu que « la notion d’engagement se vit dans l’entreprise. Car c’est une nécessité. » Dans son association qui regroupe 80 membres, « l’engagement est très partagé entre hommes et femmes ».

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Une histoire trop méconnue

S’il est une femme qui s’est engagée de tout son être dans les combats les plus nobles, c’est bien Marion Gräfin Dönhoff à laquelle la journaliste Anne Laszlo consacre un ouvrage intitulé « la comtesse rouge du journalisme allemand »
Fille de grands propriétaires terriens de Prusse Orientale, née en 1909 dans une famille de sept enfants, Marion reçoit une éducation fondée sur des valeurs chrétiennes, de travail et de solidarité. Un jour, elle va écouter Hitler dans l’arrière salle d’un bistrot. « Son engagement contre les nazis venait de commencer. » Après ses études, elle entre dans la résistance allemande. La guerre lui prend tout.
Après 1945, une nouvelle vie commence. Marion devient journaliste, l’une des grandes plumes politiques de l’hebdomadaire Die Zeit. La force de ses reportages et ses éditoriaux vont influencer la politique allemande de la deuxième moitié du 20ème siècle.
« J’ai voulu faire connaître Marion Dönhoff en France car c’est une partie de l’histoire de l’Allemagne trop méconnue » explique l’auteure de cette superbe biographie (L’Harmattan) qui se bat, elle aussi, pour promouvoir « un journalisme de qualité, pour la paix et pour l’Europe. »

Fadhila

Le combat n’est jamais fini

Elle est intarissable, Fadila Mehal, quand elle parle des femmes, de la diversité et de l’immigration.
Fondatrice de l’association Les Marianne de la diversité, présidente de la commission Culture, Patrimoine et Mémoire du Conseil de Paris, membre de l’Observatoire parisien de la laïcité, notamment, Fadila Mehal est l’auteure d’un récent ouvrage : « Marianne (s) les femmes et la diversité dans la République ».
Pourquoi ce livre ? « Il est dédié aux nouvelles générations –celle de sa fille, 28 ans- qui ne savent pas combien il a fallu de combats pour en arriver là, pour réduire les disparités entre hommes et femmes dans les domaines des salaries, de l’emploi, de l’éducation, de la représentation des femmes dans les instances de pouvoir politique et économique, pour faire entrer deux femmes de plus au Panthéon. Les droits ne sont jamais définitivement acquis, les combats ne sont jamais finis. »
Son livre parle avec passion des femmes issues de l’immigration, « source de compétence et de rayonnement ». Comment n’évoquerait-elle pas Marie Curie, une Polonaise, deux fois prix Nobel, mais aussi la journaliste Françoise Giroud (née Gourdji de parents israélites de l’empire ottoman), Simone Veil, née Jacob, rescapée de la Shoah à qui l’on doit la loi sur l’interruption volontaire de grossesse, ou encore Isabelle Adjani, fille d’un père algérien et d’une mère allemande, Elsa Triolet, Nina Ricci, Joséphine Baker, Bertie Albrecht et bien d’autres encore ? Toutes Françaises « de branchage » comme elle dit.
Femme de conviction, humaniste jusqu’au fond de l’âme, tournée vers les autres, Fadila Mehal affirme que « l’immigration peut être banalisée si elle porte en étendard non pas l’origine mais la compétence. »

ateliers angieComment se faire entendre ?

Avant de présenter les trois ateliers sur le thème : « comment faire entendre sa voix ? » Krista Finstad-Milion et Véronique Witzmann, responsable communication à EDF, ont présenté les résultats d’un sondage en ligne où il s’agissait de répondre à la question : « Etes-vous une citoyenne engagée ? ».
Sur les 105 réponses reçues, il ressort que les femmes du réseau Est’Elles Exécutive sont beaucoup plus impliquées dans les élections nationales, régionales et locales que la moyenne française. Et que, pour être informées, elles écoutent la radio (72%), lisent les journaux (71%) et regardent la télé (62%).


ateliers marieDans les ateliers, les débats ont été souvent animés. Pour « se faire entendre dans les médias » trois journalistes : Brigitte Boulay, Géraldine Couget et Marie Terrier ont donné quelques recettes destinées à « décrocher la Une ». Cependant, les femmes constatent que la presse ne les traite pas à égalité avec les hommes. Elles ne sont jamais interrogées comme expertes, par exemple, sur les sujets techniques ou économiques. Lorsqu’on parle d’elles, c’est souvent pour les diminuer ou « pour montrer leurs fesses » déplore une intervenante… Bref, la presse est bien le reflet de la société. Mais les réseaux sociaux sont en train de bouleverser les modes de communication.

Angie Celaya, patronne d’une entreprise de communication et Krista Finstad-Milion ont aminé l’atelier « se faire entendre avec les réseaux sociaux ». D’où il ressort qu’il faut utiliser ces outils de communication avec intelligence, en comprenant les règles du jeu, en faisant le tri pour ne retenir que ce qui est adapté à sa stratégie personnelle, en cherchant la cohérence de l’image de soi. Autrement dit, « il faut mettre au clair sa marque personnelle en prenant conscience que l’on se vend sur le marché du travail ». Mieux vaut, aujourd’hui, faire partie de la génération S comme social, smart, selfie. C’est une autre façon d’exister. Aux femmes de se mettre en avant. »
ateliers christine

« Comment prendre la parole en public ? » Pour répondre, Guy Keckhut, directeur développement et partenariat du CNAM, vice-président du CRPL et Christine Mavon, chargée de la Communication Institutionnelle au Conseil départemental 54 et membre du CRPL ont répondu qu’il « fallait être soi-même » puisque « si l’on prend la parole en public c’est que l’on est légitime pour le faire. » Cela suppose de s’y être bien préparé, de connaître sur le bout des doigts le message à transmettre. Ce qui n’empêche pas une certaine appréhension. « Il faut faire la différence entre la peur et le trac qui doit devenir une énergie positive. Il faut se mettre dans de bonnes conditions avant de parler, maîtriser le débit de son propos et faire attention à la gestuelle. »
Nom du Fichier : se faire entendre dans les médias

Nom du Fichier : se faire entendre avec les réseaux sociaux

Les femmes et la politique

« Une femme politique est-elle une femme comme les autres ? » Pour répondre, quatre femmes ont évoqué leur parcours d’élue, souvent semé d’embûches.

table ronde femes politiquesPour moi, la politique, c’est un accident de l’histoire » a plaisanté Marie-Jo Zimmermann, députée de la Moselle, vice-présidente de la délégation de l’Assemblée nationale aux Droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes. Elle était prof…d’histoire avant d’entrer en politique. Elue conseillère municipale de Metz en 1989, elle est suppléante de Jean-Louis Masson en 1993, devient députée en 1998 lorsque ce dernier est invalidé. C’était pour un an. « En entrant à l’Assemblée, j’étais très impressionnée. Je me suis promis de faire le maximum pour faire avancer la cause des femmes. Je ne suis pas devenue féministe. Mon seul combat c’est que mes enfants puissent dire que l’égalité homme/femme est normale. »

Chef d’entreprise, présidente de l’association CRPL, Sophie Mayeux s’est engagée dans la vie économique et sociale dès 1991. Adjointe au maire de Nancy, elle est élue conseillère générale (depuis conseillère départementale) de Meurthe-et-Moselle en 2011 lorsque Jean-François Husson est devenu sénateur. « J’ai été heurtée d’être appelée ‘’l’héritière’’, d’être observée et jalousée car je prenais la place d’un candidat qui aurait pu être encarté. » Sophie Mayeux vit plusieurs vies à la fois. « J’ai besoin d’un équilibre entre ma vie professionnelle, ma vie politique, mon engagement associatif, commencé très tôt, à 20 ans. Les journées ont parfois 36 heures. Il faut être hyper organisée. Mais les femmes vont à l’essentiel. »

Ghislaine Jeandel-Ballongue
confirme : « les femmes optimisent le temps alors que les hommes s’éternisent à table ! » Cette mère de trois enfants est chef de service dans un établissement médico-social d’Epinal. Très tôt investie dans la vie associative de la ville, elle s’engage en politique sous la houlette de Michel Heinrich. Conseillère municipale déléguée à la Culture, puis adjointe au maire d’Epinal, elle est élue aux dernières élections, au Conseil départemental dont elle devient vice-présidente. « Je suis compétente dans mon domaine, je travaille comme les hommes. »Aujourd’hui, il y a 17 femmes et 17 hommes à l’assemblée département des Vosges contre… 3 seulement avant la réforme.

Présidente d’Est’Elles Exécutive et prof de management à l’ICN Business School, Krista Finstad-Milion, est aussi, on l’a dit, maire d’un « grand » village vosgien, Fontenay (519 habitants). Avec son inimitable accent canadien, elle raconte : « Il y a 25 ans, on venait d’acheter une vieille ferme. J’ai été tentée par la mairie. Mon mari était OK. Il y avait 11 élus au conseil municipal. J’ai monté une liste avec des femmes, des jeunes, des moins jeunes, pour obtenir la parité. Ce fut toute une aventure… » Mais dans les villages on ne change pas les mentalités aussi facilement. « On a perdu, j’en ai pleuré. »
Vingt-cinq ans plus tard, en 2014, deux élus proposent à Krista de tirer la liste des municipales. « C’était le moment où jamais. J’ai donné mon accord. J’ai été élue. » Une véritable prouesse électorale pour Krista qui cumule le double handicap d’être femme et étrangère. 16% seulement des maires de France sont des femmes ! Elles sont 27% à l’Assemble nationale et 28% au sénat.

Mathieu KleinL’égalité républicaine 

Président du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle depuis un an, Mathieu Klein a voulu appliquer à la lettre la loi et l’esprit de la loi sur la parité qui, pour la première fois en 2014, a imposé le scrutin binominal à deux tours. Chaque binôme étant obligatoirement composé d’un homme et d’une femme. Résultat : non seulement les hommes et les femmes sont à parité à l’assemblée départementale (23 conseillers et 23 conseillères) mais il y a aussi parité totale à la tête de l’exécutif, avec le président et 13 vice-président(e)s soit 14 élu(e)s, 7 hommes et 7 femmes. « C’est une question d’égalité républicaine » confirme Mathieu Klein. « Le verrou législatif a créé les conditions de l’accès des femmes aux responsabilités. Du coup les cadres culturels s’ouvrent aussi à l’égalité. La parité en politique a été le révélateur d’autres choses. Un = Une. »
Pour le président du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle les femmes qui s’engagent doivent faire face, plus que les hommes, à des difficultés. « C’est un débat politique qui a donc des réponses, dit-il. Combien de femmes elles-mêmes ont dit qu’elles ne voteraient pas pour une femme à la présidence de la République ? Ce sont les attributs de la féminité que l’on considère comme antinomiques avec l’exercice du pouvoir. Il y a un débat de société à mener pour une parfaite égalité entre hommes et femmes. »
Nom du Fichier : Bilan_Manager_de_demain_2015

© Article : Marcel GAY - Photos : L'oeil créatif