Sybille Persson, ou l’art et la manière de se réinventer

C’est une femme brillante. Professeure, directrice adjointe de la recherche et responsable scientifique de l’école de coaching ICN Business School, Sybille Persson a confié avec une grande éloquence et beaucoup de simplicité sa vision du thème de la journée.

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Pour montrer comment elle s’était elle-même réinventée à plusieurs reprises, Sybille a rappelé trois temps forts de son propre parcours. « Alors que je vivais une période en demi-teinte dans ma vie professionnelle comme privée, j’ai décidé de retourner à la fac, puis de passer en libéral. Je me suis investie dans la sphère professionnelle, car ma vie personnelle n’était pas celle que je voulais. » Puis nouveau changement de cap : Sybille a intégré ICN et divorcé. « J’ai quitté la formation continue pour la recherche et vécu alors une période ascétique, où j’ai notamment appris la gymnastique de l’écriture. » Enfin, le chercheur a vécu des années qu’elle qualifie de « crayons ». « Après ma thèse, je suis entrée dans la recherche tout en gardant un pied dans l’entreprise. C’était un déséquilibre à gérer au quotidien. C’est alors que j’ai eu un coup de foudre intellectuel pour un philosophe helléniste devenu sinologue, François Jullien. » Après un voyage en Chine, Sybille est rentrée en France transformée.

Sept points clés pour avancer

Dans l’Empire du Milieu, la notion de changement et de réinvention fait partie intégrante de la philosophie de vie. Se basant sur ses connaissances approfondies de la façon de penser dans ce vaste pays, Sybille Persson a livré à l’assistance les sept points clés qui selon elle s’avèrent réellement efficaces pour engager et réussir un changement de cap :

  1. Réguler son effort :
    « La vie est un marathon plutôt qu’un sprint. C’est là une mesure de santé au travail ! »
  2. Renoncer à l’excellence (toujours et partout), car cela épuise.
    « Mieux vaut se concentrer sur ce que l’on sait mieux accomplir que les autres. On devient ainsi excellent sans faire d’effort ! »
  3. Digérer.
    « On ne sait plus le faire en entreprise, notamment pour les blessures du travail. Il faut laisser faire le temps, qui est notre allié. »
  4. Apprendre à être attentif au potentiel des situations dans lesquelles on se trouve.
    « L’art et la manière de se réinventer n’est pas personnel, mais plus souvent le fruit de rencontres et de la capacité à discerner son propre potentiel. »
  5. Se faire accompagner pour mieux mobiliser et actualiser ce qui est latent chez soi.
    « Il faut échanger. Les réseaux féminins constituent notamment un outil de réussite et de digestion des blessures. »
  6. Savoir s’oublier pour mieux se (re)trouver.
    « Oubliez la psychologie. Vous êtes parfaites comme vous êtes ! L’environnement est changeant, il existe des opportunités pour se réinventer. »
  7. Récolter sur la durée les meilleurs résultats.

Elles l’ont fait !

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Ces six femmes inspirantes du Grand Est ont osé changer de poste, de métier, de vie et ont surmonté tous les obstacles ! Elles ont raconté leur parcours lors d’une table ronde passionnante. Morceaux choisis.

  • Marie-Anne Plagnet, docteur en économie et chercheur chez EDF, passée à la stratégie et à la production dans une centrale nucléaire :
    « Très peu de femmes évoluent d’une fonction centrale à de la production. En général, elles font le mouvement inverse. Ce changement de cap s’est traduit pour moi par un déménagement. J’ai dû quitter Paris, mais toute la famille m’a suivie en province. Pour relever ce type de défi, le lâcher-prise est nécessaire. Il faut se mettre en danger, prendre des risques, cela permet d’aller plus loin, d’être plus créatif. »

  • Patricia Wirth, mandataire judiciaire à la protection des majeurs devenue professeur de yoga :
    « Je ne voulais pas passer à côté de ma vie... Au bout de quinze ans d’activité, j’étais de plus en plus assaillie par de petits maux le matin avant d’aller au travail. Je me suis demandé si j’étais à ma place et j’ai compris que non. À quoi aspirais-je fondamentalement ? J’ai pris une année sabbatique et voyagé en Inde, au Népal, au Sri Lanka et en Birmanie. Au retour, j’ai eu peur et repris mon travail. Mais mes maux sont revenus. J’ai donc démissionné pour ne pas avoir de regrets, m’autoriser à être moi, écouter mon cœur et non mon mental. En septembre 2017, je vais faire ma cinquième rentrée d’enseignement du yoga. Ma vie professionnelle m’apporte équilibre financier et personnel. Je suis très épanouie ! »

  • Lætitia Michel, salariée au Luxembourg et développant parallèlement une activité de marketing collaboratif :
    « J’ai été embauchée dès la sortie de l’école. Il y a quelque temps, une collègue et amie qui suivait une formation de coaching m’a proposé d’être son cobaye. J’ai compris grâce à ce travail que j’avais envie de me sentir utile aux autres et indépendante. Comment faire ? J’ai tâtonné puis découvert un jour et adopté le concept de marketing collaboratif, avec un produit qui me plaît, l’aloé véra. Mais je reste prudente pour le moment. J’ai un bon salaire et deux enfants... J’occupe aujourd’hui mon poste à 80 % et consacre tous mes vendredis à ma seconde activité, que je construis. Je me donne trois ans, jusqu’à mes 40 ans, pour qu’elle devienne la première ! »
  • Laingo Laza, biologiste et communicante, en passe de créer son entreprise :
    « À mon dernier poste, il y avait une mauvaise ambiance, les effectifs étaient en baisse. J’avais 40 ans et ai décidé de devancer les événements pour ne pas subir et choisir plutôt ce que j’allais faire de ma vie. Je souhaitais depuis longtemps allier communication et mode. J’ai donc suivi une formation de stylisme-modélisme. Le décès accidentel de ma colocataire m’a donné encore plus l’envie d’y aller, de faire un choix qui me correspondait. Aujourd’hui, mon projet est en cours de montage et je traverse quelques difficultés financières. Mais je n’ai aucun regret, car j’ai su saisir des opportunités, demandé de l’aide et fait mes propres choix. »

  • Florence Maire, juriste BPALC, aujourd’hui à la tête de plusieurs agences bancaires :
    « Après mon DESS en 2005, je suis entrée dans la banque en tant que juriste contentieux recouvrement. J’ai progressé et suis devenue responsable du service. Fin 2012, j’ai eu le sentiment d’avoir fait le tour de mon poste, j’avais besoin de nouvelles perspectives. J’ai donc émis le souhait de changer. Je me suis lancée dans le réseau et ai suivi une formation complémentaire pour développer le côté commercial. En 2013, j’ai pris la direction d’une succursale à Thionville, où en fait, j’étais de nouveau junior ! Cela a entraîné beaucoup de questionnement, mais c’était très enrichissant. En 2017, à 34 ans, je suis devenue directrice groupe, soit huit agences à Épinal. C’est un grand bouleversement. »

  • Elizabeth Ascherl, ex-formatrice en langues ayant créé son entreprise :
    « En 2011, parallèlement à mon activité, j’ai donné des cours d’anglais à l’ENA. Cela a changé ma vie. J’avais notamment des élèves ayant repris leurs études à 35-40 ans. Cela m’a fait réfléchir profondément sur ma propre vie. J’ai alors décidé de quitter ma PME pour une grande entreprise internationale. J’ai passé un MBA. Pendant tout le programme, mon mari m’a encouragée, même s’il gagnait moins bien sa vie que moi. Je suis sortie major de ma promotion en 2015, j’ai postulé, passé des entretiens, puis échangé avec des personnes en poste. C’est alors que j’ai compris que... ce n’était pas pour moi ! Le hasard faisant bien les choses, mon premier patron m’a alors contactée pour me proposer de m’associer. Ensemble, nous avons créé en 2016 LingoFacto, qui propose des formations en langues et en communication. Aujourd’hui, je suis très heureuse et épanouie, notamment car j’ai pu mettre mes propres valeurs dans l’entreprise. »

Consulter la suite du BIlan 2017 de la Journée « Le Manager de demain est une femme. Etes-vous prête ? » :

© Géraldine COUGET
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© Photos : Nelly Valais

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