L…comme Légion d’Honneur au féminin

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La proportion  de femmes parmi les décorés de la Légion d’honneur est à ce jour, de 12.7 %. Depuis 2008, la parité homme-femme doit être respectée dans les promotions civiles... L’Ordre de la légion d’honneur, créé sous sa forme actuelle en 1802 par Napoléon récompense chaque année 3200 citoyens qui font preuve de courage et de talent dans tous les domaines d’activité du pays. Nommée le 14 juillet dernier Chevalier dans l'Ordre de la légion d'honneur, Michèle LARCHEZ – après avoir reçu les palmes académiques en juin 2013 pour services rendus à l’Education Nationale - se verra remettre cette décoration en raison notamment de son action dans le monde du handicap, par Louis Schweitzer Grand Officier de la Légion d'honneur le 18 décembre 2013, à la Fondation Sonnenhof à Bischwiller (67) dont elle est par ailleurs vice-présidente, laquelle accueille et accompagne, plus de 1000 personnes en situation de handicap mental ainsi que des personnes âgées dépendantes dans 23 établissements et 8 communes du Bas/Rhin. Elle nous livre ici son ressenti.

L…comme Légion d’Honneur au féminin

« Toutes mes vives et sincères félicitations ! Je te sais sensible  (contrairement à moi),  aux marques de reconnaissance officielle, à juste titre : tu es certainement la plus 'méritante' de mes amies, et l'une de celles qui m'impressionnent le plus pour la façon tu traces ta vie ! …Moi  je n'ose pas me faire remarquer »

C'est par ces mots qu'une amie elle-même récemment promue « Chevalier de la Légion d’honneur » voilà peu, accueillait la nouvelle de ma nomination dans l'ordre de la Légion d'honneur… Si je les partage avec vous aujourd’hui, c’est que ces propos me semblent  hélas, caractéristiques de la propension qu'ont les femmes à douter constamment de leur valeur ou leur capacité.  Ils me semblent également caractéristiques du pseudo détachement qu’il est de bon ton d’afficher lorsque l’on accueille une nouvelle comme celle-ci, une attitude fondamentalement différente dans les pays anglo-saxons ou nordiques où se réjouir d’être reconnu n’est pas un « péché ». Dans son récent ouvrage « L’ambition ou l’épopée de soi » (Flammarion – Paris 2013) le philosophe Vincent Cespedes écrit : « L’ambition consiste à être en colère contre le présent pour que l’avenir s’améliore ». J’adhère d’emblée à cette définition qui me semble totalement pertinente au regard de mon propre parcours.  Réagissant ainsi aux propos de cette amie, je lui répondis dans l'instant "je te confirme que je suis en effet, sensible au fait que cet engagement pour les personnes handicapées soit reconnu, et il me plait d'y voir  -  à chacun son interprétation  - un encouragement à poursuivre... Je suis également sensible au fait qu'à travers toi et moi, ce soit des parcours de femmes qui sont reconnus... Ma conviction est que les femmes plus que d’autres ont à apprendre à « oser se faire remarquer »  pour reprendre tes propos... Et je n'ai aucun état d'âme à l'exprimer. Réagir ainsi est perçu comme « masculin » et mal vu en pays latin, mais pour être le produit (pour partie) de l’école anglo-saxonne,  j'assume cette prise de position ! Je ne me définis pas comme plus méritante que toi, ni que quiconque. Ma vie n'est ni un conte de fée, ni un long fleuve tranquille. Comme toi, je me bats pour faire en sorte que les choses soient sur les rails aussi souvent que possible, pour que cela « roule au mieux » - reprenant là  tes propos -  et essaie de voir le verre à « moitié plein » plutôt que le verre à  « moitié vide », chaque fois que ceci  est à ma portée.... J'ai fait – dans cette lutte pour plus de respect des personnes handicapées - avec mes moyens, au nombre desquels « ma capacité de rébellion face à l’injustice » et mon héritage familial,  sans doute faute de savoir faire mieux, ou autrement !  

Au-delà de cette anecdote qui me semble révélatrice d’un certain état d’esprit franco-français, je vois dans cette décoration – sans doute comme d’autres - une invitation à revisiter mon parcours - exercice que Jane Fonda dans son très sérieux ouvrage « Prime time » (New York 2011) définit comme « one’s life review » (littéralement « passage en revue de sa vie »).  Elle écrit : « ce que l’expérience m’a enseigné à propos de cet exercice c’est que s’il est certes impossible  de défaire ce qui a été, on peut toutefois changer sa compréhension des faits et son ressenti.»  Elle ajoute : « il y a une dimension morale au passage de revue de son parcours, c’est que l’on ose s’évaluer…». L‘idée est aussi et surtout de  saisir cette opportunité pour  remercier publiquement les femmes et les hommes qui étaient sur le bord du chemin pour m'encourager ou « me porter » dans les moments de doute... et m’inciter à donner le meilleur de moi-même, chaque fois que possible…au nombre desquels mon fils handicapé.   

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Michèle LARCHEZ 

Docteur ès sciences de l’information et de la communication (Sorbonne - CELSA), Cadre supérieure à EDF Paris, Michèle Larchez est notamment membre du réseau de femmes EDF Interp’elles, de Femmes d’Alsace (association visant à encourager les femmes à prendre des responsabilités électives dans la cité), fondatrice du réseau d’entreprise  Femmes de la Bande Rhénane (EDF) auteur de diverses recherches sur la condition féminine ainsi que de l’ouvrage intitulé « Le Défi de la parité » (Editions J.Bentzinger – 2002). Elle est notamment  intervenue pour Est’Elles Exécutives en juin 2009 à une table ronde sur les réseaux féminins  et en juin 2013 en tant que Déléguée Générale d’Elles bougent (association visant à inciter les jeunes filles à devenir ingénieures) à l’occasion du dernier colloque de l’association.
Membre d'EST'elles Executive depuis 2013