Yvonne KLEISS-HERZIG (1895-1968)

YKH2Une artiste alsacienne pionnière en Kabylie

Femme artiste, alsacienne, française d’Algérie, issue d’une famille d’artistes, à la fois illustratrice, portraitiste, peintre de genre et artiste animalière, Yvonne Kleiss-Herzig est un personnage haut en couleurs qui se situe à la croisée des cultures et des genres, offrant de multiples facettes identitaires et artistiques. L’œuvre de cette artiste alsacienne née en Kabylie incarne la nouvelle vision de l’école d’Alger, opposant à un orientalisme rêvé un « orientalisme vécu » (Cazenave). Inclassable, elle a su se forger une œuvre unique au-delà des mouvances artistiques de son époque, notamment l’Art déco.

Image II Yvonne Kleiss Herzig 1895 1968 Les Porteuses deau kabyles aquarelle 381 x 381 cm avant 1952 collection David DarmonAdmise à l’académie Julian, rare académie de l’époque à admettre les femmes

Née à Tizi Ouzou en 1895, Yvonne Kleiss-Herzig était fille du peintre français d’origine suisse Édouard Herzig et d’une mère alsacienne, Victoire Kreider, établis dès 1871 en Algérie. Cette fille d’artiste épouse en 1933 un autre artiste, le caricaturiste autrichien Hans Kleiss. Yvonne étudie à l'École nationale des beaux-arts d'Alger sous la direction de Léon Cauvy. Elle obtient une bourse d'étude du gouvernement général en 1913, part l’année suivante à Paris où elle devient l’élève de Jean-Paul Laurens à l'académie Julian - l’une des rares académies de l’époque à admettre les femmes - et suit durant toute la Grande Guerre les cours des peintres décorateurs Art déco Paul Follot et Eugène Grasset.

Image I Yvonne Kleiss Herzig 1895 1968 Les Porteuses deau kabyles gouache sur papier 2921 x 3332 cm vers 1920 collection David DarmonL’une des seules femmes à prendre part à l'Exposition coloniale de 1931

Pendant plus de trente ans, elle s’évertue à peindre des scènes de la vie rurale et urbaine dans sa Kabylie natale et la région de Tlemcen. Membre fidèle de la Société des Artistes orientalistes et algériens dès 1911, elle est l’une des rares femmes à prendre part à l'Exposition coloniale de 1931. Signe de sa reconnaissance institutionnelle en tant que femme artiste, elle remporte dès 1928 le Grand Prix artistique d'Algérie. En 1952, elle s'installa à Sidi Slimane au Maroc, avant de s'éteindre à Mougins en 1968.

Sa technique naturaliste au service du monde scientifique

Avec ses gouaches linéaires, Kleiss-Herzig pourrait être simplement considérée comme une illustratrice hors pair. Mais l'originalité de son œuvre réside dans l'alliance d’un style décoratif unique et d'une rigueur quasi-ethnologique dans ses représentations de la vie quotidienne, des mœurs et coutumes de la population kabyle, entre autres des conditions de travail des femmes (Les Porteuses d’eau). En lui confiant la commande d’une série de dessins scientifiques sur les scorpions en 1952, l’institut Pasteur d’Alger lui offre l’occasion de mettre sa technique naturaliste au service de la science.

Redonner leurs lettres de noblesse aux femmes artistes de l’Algérie française

Si Yvonne est l’une des rares artistes françaises d’Algérie à avoir connu une certaine fortune de son vivant, qu’en est-il des autres femmes artistes coloniales au Maghreb dans la première moitié du XXè siècle ? Car autour de Kleiss-Herzig nombreuses sont les petites « maîtres » inédites du désert qui n'attendent qu'un hasard heureux pour guider les pas des amateurs vers leurs chefs-d’œuvre. Plus qu’une simple étude iconographique, cette thèse transdisciplinaire croisant histoire de l’art, sociologie culturelle et ethnologie, mais aussi histoire des genres entend redonner leurs lettres de noblesse aux actrices méconnues des derniers feux de l’orientalisme pictural au Maghreb.

Lorraine E Larchez© Lorraine ENGEL-LARCHEZ
Historienne de l’art spécialisée dans les interactions socioculturelles contemporaines entre Orient et Occident, Lorraine Engel-Larchez, actuellement doctorante en histoire de l’art à l’université de Strasbourg et à l’École du Louvre, nous raconte ici le destin original de l’artiste alsacienne qu’elle a choisi d’étudier. Elle est notamment l’auteur de « La Politique culturelle du Qatar » paru chez l’Harmattan en 2015.

© Photos :
Portrait d'Yvonne Kleiss-Herzig (1895-1968), photographie noir et blanc, probablement années 1920, collection David Darmon.
Image I, Yvonne Kleiss-Herzig (1895-1968), Les Porteuses d'eau kabyles aquarelle (38,1 x 38,1 cm) avant 1952, collection David Darmon.
Image II, Yvonne Kleiss-Herzig (1895-1968), Les Porteuses d'eau kabyles gouache sur papier (29,21 x 33,32 cm) vers 1920, collection David Darmon.

Nelly Valais ou l’art de relever les défis

Nelly ValaisOu l’art de relever les défis

Nelly Valais, Parisienne de naissance et Messine de cœur depuis environ un an, sait ce que relever les défis signifie.

Celui d’abord de quitter Paris pour assurer la direction d’un hôtel à l’autre bout de la France à tout juste 23 ans ! Puis celui de réaliser son rêve d’enfant et se former pendant un an à l’Université de l’Image d’Aix-Marseille pour devenir assistante dans plusieurs studios photo et se professionnaliser dans les techniques du tirage argentique, autre temps… Revenue à Paris, elle fait ses armes commerciales au sein du groupe Konica, l’image toujours. Puis elle quitte le milieu de la photographie et développe encore ses compétences commerciales et managériales à différents postes dans un groupe de télécommunications.

nelly valais 2Choisir sa vie

C’est à cette époque, celle de la quarantaine, que Nelly doit affronter l’un des plus grands défis de sa vie : celui de la maladie. Pendant deux ans, elle se bat contre un cancer. Sa victoire la renforce dans ses convictions qu’il vaut mieux choisir sa vie que la subir. Elle décide de se lancer dans un nouveau challenge afin de satisfaire sa passion pour l’image. Elle qui avait démarré sa carrière professionnelle avec le seul bac en poche obtient un niveau Bac + 4 et se forme aux nouvelles techniques numériques. Nelly débute alors à 43 ans une nouvelle carrière de chargée de communication, graphiste et infographiste. Elle fait aussi le choix de l’indépendance, elle ne veut plus être salariée. Elle relève donc le défi de la création d’entreprise : couveuse, co-working, autonomie. Ces étapes franchies lui permettent d’atteindre la crédibilité et d’être identifiée par ses partenaires et clients comme une vraie entreprise et un lieu de création. C’est au cours de ces étapes que Nelly a pris conscience de l’importance des réseaux, surtout pour une femme entrepreneur. Elle a su tisser de nombreux liens avec d’autres femmes dans des réseaux parisiens, des contacts qui lui ont apporté un précieux soutien.

nuitUn regard neuf

Depuis un an, Nelly a posé ses valises à Metz, une ville et une région qu’elle découvre avec beaucoup d’enthousiasme aux côtés de sa compagne lorraine Sophie. En arrivant, son premier réflexe a été de s’informer sur les réseaux acteurs de la vie locale. Son choix s’est porté sur EST’elles Executive et elle participe activement aux événements messins. Aujourd’hui, ses activités professionnelles ont évolué naturellement vers la production d’images photographiques plutôt que le graphisme. Nelly est à présent pleinement photographe professionnelle et spécialiste de la valorisation par l’image. De plus, elle a choisi de consolider son ancrage à Metz en créant DIAPH57, son dernier défi en date : cours et ateliers de photographie pour les entreprises, les professionnels et les particuliers. Ce désir de transmettre sa passion avec simplicité, en la rendant accessible, s’est concrétisé depuis deux ans en partenariat avec une structure parisienne. Elle personnalise aujourd’hui totalement son offre grâce à DIAPH57. Le regard neuf et créatif que Nelly Valais porte sur notre région est très enrichissant pour celles qui la côtoient lors de nos rencontres réseau. Sa personnalité, à la fois très indépendante et généreuse, tournée vers les autres, y est beaucoup appréciée

© Caroline CHERY-BURGER
© Photos : Nelly VALAIS

Du cristal de Lorraine au cristal islamique…

lorraine larchez

Les liens inattendus d’une historienne de l’Est

Lorraine ENGEL-LARCHEZ historienne de l’art, aime se présenter comme une femme de l'Est et pour cause : outre son prénom, elle a grandi en Alsace, étudié à l’Ecole Nationale Supérieure d’Art (ENSA) de Nancy avant de se spécialiser en arts de l’Islam à l’Ecole du Louvre, puis à l’Ecole pratique des Hautes Etudes, suite à un séjour au Maroc où elle apprend l’arabe. Elle focalise actuellement ses recherches sur la notion de patrimoine et les musées au Moyen Orient. Elle évoque pour EST’elles Executives ici une recherche qu’elle a effectuée qui propose un lien original entre sa passion pour l’art oriental et ses origines alsaco-lorraines.

De l’art oriental à l’art d’Alsace-Lorraine : un lien inattendu

La Lorraine et l’Alsace sont le berceau du verre et du  cristal en France dès la fin du XVIème siècle. Des noms prestigieux tels Baccarat, Daum, Lalique, Saint-Louis contribuent ainsi à véhiculer l’image de nos régions. A l’occasion de la réouverture du Département des Arts de l’Islam du Louvre à Paris et de l’inauguration de la Grande Mosquée de Strasbourg, je me suis attachée à  démontrer les liens inédits entre les arts décoratifs occidentaux et l’art islamique au XIXème siècle, en pleine vague d’orientalisme et ce dans le domaine méconnu du verre et du cristal. Que ce soit en Occident ou en Orient, la transparence du verre et du cristal symbolise la lumière divine : le verrier lorrain Emile Gallé l’a bien compris avec son vase Espoir, fausse lampe de mosquée où l’inscription « Espoir me luit au travers des maux » plaide la libération de l’Alsace-Moselle annexée en 1870 par la Prusse.

emile-galle-vaseQuelle est l’origine du verre et du cristal en Orient ? Saviez-vous que les cristaux de l’Egypte fatimide étaient transformés en objets liturgiques par les Croisés ? Que Baccarat devait son salut aux commandes orientales après la guerre franco-prussienne ? Que c’est un palais turc qui abrite la plus grande collection de lustres en cristal de Baccarat au monde ? Mais où Emile Gallé va-t-il chercher ses motifs pour son service au Cavalier Persan ? Entre France de l’est, Angleterre, Autriche, Etats-Unis, Syrie, Egypte fatimide et mamelouke, Lorraine nous confirme : « c’est en fait, un grand voyage à travers l’histoire des techniques ancestrales de la taille du cristal et de l’émaillage du verre, au grand bonheur des néophytes comme des passionnés d’histoire, d’orientalisme, d’arts décoratifs et de gemmologie. »  Elle ajoute « Après un tel voyage, Mesdames, vous ne regarderez plus jamais vos cristaux de Baccarat du même œil … ! »       

© Lorraine ENGEL-LARCHEZ
avril 2014                                                                 
Livre : De l’Orient à l’Occident
Editions Jérôme Do-Bentzinger
Strasbourg - www.editeur-livres.com/
© Photos :
- Johan Pajupuu, Portrait de Lorraine Engel-Larchez, Vienne, 2012
- Emile Gallé, Vase au Cavalier persan, 1884, Paris, vente Artcurial, 28 avril 2014

« Je suis un peintre sans pinceau »

Chris Novam

« Je suis un peintre sans pinceau »

Chris Novam, auteur photographe. Son art : photographie des éléments de rouille de si près qu’ils en deviennent des tableaux abstraits.

Durant les vingt premières années de sa vie, la petite Christine suis ses parents partout où ils vont avec à la main…un appareil photo ! « A 8 ans déjà, je photographiais ma famille et nos balades en bord de mer lors des vacances. J aime l’atmosphère qui y règne, les couleurs, les ports en pêche. Cela bouillonne d’images, de vie… Tous naturellement j’en suis venue photographier les bouées, les bateaux, puis leurs moteurs ! »
Chris Novam EXPOSolitaire dans l’âme, Chris Novam peut passer des heures accroupies, l’œil rivé au viseur de son appareil photo, à observer un détail « pour savoir comment je vais le photographier au mieux. Les gens qui me voient sont très intrigués. Parfois, ils doivent me prendre pour une folle. J’aime beaucoup aller dans les déchetteries marines, alors je vous laisse imaginer leurs réactions ! » Eclat de rire.

Dans les années 90, Chris Novam décroche un stage de deux mois dans l’agence Magnum « un véritable rêve. Aujourd’hui encore j’en suis fière. Voir passer les photographes majeurs de cette génération a été pour moi extraordinaire ». Et elle participe même au salon des artistes décorateurs au Grand Palais, à Paris. « J’ai exposé un de mes moteurs en 4x3 (ndir : 4 mètres de long par 3 mètres de large, comme les panneaux publicitaires). A l’époque je n’avais absolument pas les moyens de financer un tel format. Je suis allée au culot voir un reprographe et il a accepté de m’agrandir ma photo gratuitement ! »

Des moteurs…à la rouille

Ce sont donc les détails et les très gros plans qui intéressent l’artiste. Des moteurs de bateaux, Chris Novam décide alors de photographier la rouille qui s’y installe.
« Je dis toujours que je suis un peintre dans pinceau ! La rouille qui se forme sur la ferraille est pour moi un tableau abstrait. Cette matière est un véritable sujet d’investigation. Dans mon viseur, je le capte, le fixe et immortalise. J’y perçois des marques humaines et des signes de vie » explique l’artiste – pour sélectionner quelques détails. « Je découpe complètement mon modèle, centimètre après centimètre, à tel point que ceux qui regardent mes photos ne peuvent absolument pas savoir quel est l’objet initial. »

Alors, les gens «  se racontent des histoires. Ils y voient un personnage, un animal. Cela parle à leur imaginaire. » Une madeleine de Proust en quelque sorte. Du temps, où, enfant, on regardait les nuages se transformer en bêtes sauvages

Deborah Levy

© Déborah LEVY
Membre d’EST'elles Executive
Journaliste freelance